2008 novembre | un litre de chips

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Antoine

La perte

Je voulais faire un billet teinté de tristesse et de désespoir mais finalement non, enfin si, en tout cas j’avais l’état d’esprit pour, alors il y en aura un peu, mais ça va aller. Avec mon paquet de cookies et ma brique de jus d’orange, cet après midi, j’ai dit un truc intelligent à propos de la crise, mais je ne sais plus ce que c’était, ça ressemblait à « nan mais cette crise, finalement, tu vois, elle n’est même pas triste, même pas dramatique, au fond, ça n’a rien à voir avec tout ça », les yeux rivés sur le sol, avant de payer avec ma carte.

J’ai une théorie qui dit à peu près que le meilleur moyen de s’y retrouver est de s’y perdre une première fois. C’est ce que j’ai fait quand je suis arrivé en Angleterre, ou quand j’ai eu mon premier appart, j’ai décidé de me perdre dans mon quartier, tout seul, parce que je pensais que c’était nécessaire. Et tout a l’heure, j’ouvre les yeux, sieste en pleine journée avant de retourner en cours, puis par terre, à l’étage dans le noir (je crois que j’affectionne particulièrement les sols en soirée, ils ne bougent pas trop), « et toi comment ça va », « je fais aller, mais je crois que je suis perdu », « bah alors fais quelque chose », finalement, ça a exactement le même sens, je fais peut-être exprès de me perdre dans tout ce que je fais, pour apprendre à m’y retrouver plus tard.

Il faut aussi que je vous parle de ce blog, des messages que j’y laisse aux gens qui le lisent (ou pas), et qui comprennent certains trucs (ou pas) (il y en a tout plein). Je suis content que tout ça reste un peu confidentiel, parce que finalement, rien n’est à prendre réellement au sérieux ici. Mais quand je te parle de respect et de dignité, on dirait que t’es à moitié sérieuse, moi aussi, je suis pas du tout sérieux, oublie pas qu’on est bourrés, mais je crois que je t’ai promis d’arrêter de te demander « t’es sérieuse là ? », alors je vais arrêter, promis, parce que j’ai peur qu’on se perde, en tout cas j’avoue que moi j’ai peur de me perdre.

J’ai ouvert machinalement l’ordi, derniers textos mal tapés, quelques photos volées et des impressions à chaud, de la musique très fort dans le casque, résultat on est au moins deux à avoir trouvé que cette nuit avait quelque chose de particulier, mais on ne sait pas encore quoi, c’est quoi ce bordel putain il fait déjà un peu jour.